Éditorial
Quand l’humanité acceptera sa diversité
Est-il
vivant ? A-t-il réussi à passer ? Dans sa barque pour les îles
Canaries, son camion pour l’Angleterre… Une fiancée restée au Niger ou au
Pakistan espèrera longtemps un appel. Pour nous, devant la télé, c’est un feuilleton
quotidien. Ca nous dérange un peu, comme l’Irak, la Tchétchénie ou le
réchauffement planétaire. Mais on s’y fait. Au pire, il y a « plus belle
la vie ! » sur l’autre chaîne.
Et puis un
soir, on ne s’endort plus aussi bien. Combien de morts faudra-t-il dénombrer
pour qu’on arrête cette guerre ? Ce soir, après les infos, on fait le lien
avec la Grande Guerre. C’est un
dimanche soir, un « long dimanche de fiançailles » : Mathilde espère
que son fiancé aura survécu aux tranchées.
Une guerre injuste
Plus j’y pense,
plus la comparaison entre l’immigration et la guerre me semble naturelle
et angoissante. Il s’agit dans les 2 cas de défendre les frontières sans
vraiment savoir pourquoi. Dans 100 ans, on trouvera sans doute inconcevable
d’interdire la circulation des personnes dans le monde. Aujourd’hui, nos
généraux de l’économie et de la politique nous expliquent « qu’on ne peut
pas accueillir toute la misère du monde » et nous les élisons sans
sourciller.
Nous votons,
et pas seulement à droite, pour des politiques de défense des avantages acquis
en occident, pour notre tranquillité. Nous allons dépenser des sommes
colossales pour protéger notre niveau de vie, emballer encore mieux nos pots de
yaourts et nos nuggets, au lieu
d’investir dans le développement de régions où les hommes et les femmes
aimeraient pouvoir demeurer et nous inviter à découvrir leurs richesses.
N’est-ce pas
une erreur d’appréciation de ce qu’est cette richesse qui nous fait faire la
guerre… à l’immigration ? La richesse d’une vie, le bonheur, la joie
peuvent-elles se concevoir sans qu’il y ait à chaque instant de l’échange, une
découverte de l’altérité ?
Certes,
l’altérité n’intéresse pas le modèle économique dominant. C’est le volume de
produits identiques qui fait la marge. L’exotisme est accepté s’il se vend, et
là encore, c’est le tourisme de masse qui fonctionne. Ainsi, il est
« facile et pas cher » d’aller une semaine au Maroc pour un Français.
La circulation fonctionne librement… Dans un sens !
Foi et hospitalité
Il est de la
nature des Cahiers de l’Atelier de
traiter d’un enjeu de société en s’aidant du courage de la foi pour l’analyser.
Sur cette question de l’immigration, il ne faut pas réfléchir longtemps pour
voir le lien entre foi et hospitalité. Les textes fondateurs sont pétris
d’histoire de migrants, d’Abraham au peuple exilé en Egypte. Et l’on apprend
que c’est en faisant l’expérience d’être étranger que l’on peut soi-même
réellement accueillir l’autre ensuite.
Plus qu’une
compréhension de l’autre, l’hospitalité dessine les contours d’une fraternité naissant
aux limites de nos peurs, d’un amour véritable parce qu’incarné dans nos
différences. L’accueil de l’étranger évoque alors la capacité de l’humanité à
accepter sa diversité. La métaphore file naturellement sur la fécondité de
l’amour qui sait dépasser de la peur… Mais saurons-nous accueillir la
différence au risque de perdre un peu de notre tranquillité d’enfant
gâté ?
Sans nier la complexité
de l’équilibre économique mondial, il devient tout de même gênant de rester
spectateur de cette guerre à l’immigration qui s’installe, de cette tranchée
qui se creuse entre Nord et Sud, comme entre riches et pauvres dans notre pays.
Rien n’est simple, on le sait. Si les solutions sont longues à mettre en œuvre,
alors autant commencer tout de suite.
Guillaume Lecorvaisier