Le "Mythe national" remis à François Fillon

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Invitée hier soir de "L’Émission Politique" sur France 2, Laurence De Cock* a remis à François Fillon la nouvelle édition du livre de l'historienne Suzanne Citron : Le Mythe national que nous venons de rééditer.



Pourquoi est-il important de (re)lire Le Mythe national ? Pourquoi rééditer ce livre aujourd'hui ?




L’histoire de France est l’objet d’un nouvel enjeu politique. D’un côté, quelques nostalgiques d’un nationalisme décomplexé appellent au retour du « roman national », ce récit fortement teinté de patriotisme élaboré par les historiens du XIXe siècle. De l’autre, les chercheurs et les enseignants mettent en récit une histoire de France « retrouvée » et « mondiale ». Une histoire complexe et discontinue, pas uniquement « gauloise » et ne débutant pas par le sacre de Clovis.


« Le récit national, c’est une histoire faite d’hommes et de femmes, de héros, de symboles, de lieux, de monuments, d’événements qui trouvent un sens et une signification dans l’édification progressive de notre nation. Il faut rétablir la continuité de ce récit en partant de la France et en axant ce récit sur celle-ci et non en le diluant, comme on le fait aujourd’hui, dans l’étude de faits généraux “mondialisés”

François Fillon, Le Figaro, 1er sept. 2016

François Fillon se prononce en faveur du roman national qui permettrait « l’édification progressive de notre nation », Emmanuel Macron renchérit en affirmant que « le récit national n’est pas un roman totalitaire » et qu’il ne faudrait pas que l’Histoire vienne déconstruire « la vraie identité française ».

Ce qu’on lit très clairement dans ces déclarations, c’est la méfiance des hommes politiques à l’égard du travail des historiens, suspectés de mettre en morceaux une pseudo-identité française qui servirait de ciment à la nation. Une nation qui devrait donc, pour rester unie, croire en sa propre légende.


La banalisation récente de l’expression “roman national” est un fait de société paradoxal et inquiétant.

 

 

 


Suzanne Citron



Suzanne Citron montre que le vrai danger ce n’est pas la complexité de notre histoire, mais bien la simplicité du roman national. Véritable réécriture de l’histoire, il en occulte certains pans, quitte à mutiler notre mémoire et la réinterprète de façon à en faire un récit glorieux héroïque et victorieux. Instrumentalisation de l’histoire, le roman national, c’est l’histoire des vainqueurs.

Le mythe national de Suzanne Citron, réédité aujourd’hui avec une nouvelle préface et postface replace dans le contexte actuel ce débat sur le roman national. Il réaffirme la nécessité de porter un regard critique sur la logique historiographique héritée du XIXe siècle afin d’appréhender la France comme un pays à l’histoire discontinue et aux multiples racines, fait de métissages anciens et d’immigrations récentes, morceau de la planète et segment de l’histoire humaine.


* Laurence De Cock est professeure d'histoire-géographie en lycée à Paris, Docteure en Sciences de l'éducation, et chargée de cours en didactique de l'histoire. Elle est membre du bureau du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH).

Mise à jour le Samedi, 25 Mars 2017 20:42  

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